Un jardin-forêt dans la cour de l'école
Des écoles flamandes et néerlandaises plantent des forêts comestibles dans leurs cours. Ce qu'elles y récoltent, et comment ton école peut suivre en Wallonie.
Publié le 20 août 2026 · Semisto
Février 2025, Ardooie, en Flandre-Occidentale. Les élèves de l’école communale De Zonnebloem plantent plusieurs centaines d’arbres, d’arbustes et de plantes vivaces dans leur cour : châtaignier, petits fruits, fraisiers, thym, lavande. L’école avait même racheté et démoli une maison voisine pour faire de la place. En une journée, un morceau de cour est devenu une jeune forêt comestible — l’une des toutes premières de cette ampleur dans une école belge.
Louis De Jaeger, le concepteur qui a accompagné le projet, raconte une anecdote : lors d’une visite scolaire au Palais royal, pas un seul élève de la classe n’a su reconnaître une ortie. Cette anecdote dit d’où on part — et pourquoi Ardooie nous intéresse autant. Chez Semisto, on est convaincu·e·s qu’une cour d’école est l’un des endroits les plus puissants où planter une forêt comestible : quelques dizaines de mètres carrés qui touchent des centaines d’enfants, chaque jour d’école, pendant des décennies.
Ce qui se plante déjà chez nos voisins
Ardooie n’est pas un cas isolé. L’association belge GoodPlanet déploie depuis 2024, en Flandre d’abord, le programme « Snoepbosje op school » — littéralement « petit bois à bonbons » — avec un objectif de 500 écoles primaires en deux années scolaires, financé par la fondation du groupe Colruyt. Le principe : un kit gratuit pour planter, sur 12 m² minimum, un pommier, un néflier, un groseillier, un framboisier, des fraisiers des bois, une mûre sans épines et des aromatiques. Un vrai système multi-étagé en miniature : l’arbre, l’arbuste, l’herbacée, la grimpante. Une forêt comestible d’initiation, plantée par les enfants de troisième primaire eux-mêmes.
Et la Région flamande pousse dans le même sens : son programme « Natuur in je School » a soutenu depuis 2022 quelque 360 projets de débitumage et de végétalisation de cours, pour 39 millions d’euros investis et plus de 25 hectares rendus au vivant — jusqu’à 150 000 € par projet.
Aux Pays-Bas, le mouvement a une longueur d’avance et un modèle bien rodé. L’association IVN installe des « voedselbosjes » standardisés : 30 m², une trentaine d’espèces comestibles vivaces, de l’amandier au cognassier en passant par la mélisse. L’un des premiers a été planté en novembre 2020 à l’école De Valk de Lunteren, une première pour sa commune. Il en pousse aujourd’hui de Rotterdam — où l’école paie une participation unique de 1 500 €, conception, plants et animations comprises, le reste venant de la commune et de fondations — jusqu’en Brabant-Septentrional, où une trentaine d’écoles s’y sont mises en dix-huit mois. Timo Roordink, directeur de l’école de Lunteren, résume : le jardin-forêt offre « un enseignement très puissant, par l’expérience réelle ». Les enfants, eux, retiennent surtout qu’ils adorent l’herbe à cola « parce qu’elle sent si bon ».
Ailleurs en Europe, la même vague monte sous d’autres noms. À Paris, 203 « cours oasis » débitumées et plantées depuis 2017, avec jusqu’à 8 °C de moins mesurés dans les cours transformées. Au Royaume-Uni, l’association Trees for Cities a créé 216 « Edible Playgrounds », des cours comestibles intégrées au programme scolaire. En Allemagne, des concours de « Grüne Schulhöfe » débitument, ombragent et végétalisent.
Et chez nous, en Wallonie ?
La Wallonie n’est pas en reste sur la végétalisation : la campagne « Ose le vert, recrée ta cour », portée par GoodPlanet et Natagora avec la Région wallonne, a reçu plus de 1 300 candidatures d’écoles en cinq éditions — 106 écoles accompagnées rien que pour l’édition 2024-2025, avec une bourse d’environ 2 000 € et un accompagnement personnalisé par école. À Bruxelles, l’opération « Ré-création » a engagé plus de 5 millions d’euros pour transformer une quarantaine de cours en surchauffe. Et le kit « Un Bois Gourmand à l’école » — la version francophone du Snoepbosje — s’adresse aux écoles primaires de toute la Belgique, wallonnes comprises. La demande des écoles est là, massive.
Mais dans tout ça, le jardin-forêt proprement dit — le système comestible multi-étagé, pensé pour durer des décennies — reste l’exception. On débitume, on plante des arbres d’ombrage, parfois un potager ou quelques fruitiers : une excellente première marche, qui prouve que les écoles et les pouvoirs publics ont envie d’y aller. La marche suivante, celle que la Flandre et les Pays-Bas gravissent en ce moment, attend encore ses pionnières en Wallonie.

Ce que la recherche mesure déjà
D’un pays à l’autre, les études sur les cours végétalisées convergent.
Aux Pays-Bas, l’équipe de Janke van Dijk-Wesselius et Jolanda Maas a suivi pendant deux ans des enfants de 7 à 11 ans dont l’école végétalisait la cour : meilleure restauration de l’attention après la récréation, meilleur bien-être social, et un effet marqué sur l’activité physique des filles. Louise Chawla et ses collègues ont montré que les coins nature des écoles fonctionnent comme des refuges anti-stress pour les enfants. Les travaux pionniers d’Ingunn Fjørtoft l’avaient établi dès 2001 : jouer dans un milieu naturel développe significativement plus la motricité, l’équilibre et la coordination qu’une cour classique. Et une synthèse de 48 études publiée dans la Review of Educational Research conclut que l’apprentissage par le jardin améliore les résultats scolaires — d’abord en sciences.
Ajoute l’évidence climatique : un asphalte sombre dépasse les 60 °C en surface lors d’une journée d’été, quand un sol vivant et ombragé reste praticable. Chaque canicule de juin ou de septembre pose la même question aux directions d’école : et si la récré se passait à l’ombre des arbres ?
Pourquoi une forêt comestible, et pas juste des arbres ?
Tout ce qui précède plaide déjà pour végétaliser. Alors pourquoi aller jusqu’au jardin-forêt ? Pour trois raisons qui tiennent à sa nature même.
Il est fait de vivaces. Le talon d’Achille du potager scolaire est connu de toutes les enseignantes et tous les enseignants qui s’y sont frottés : il culmine en juillet-août, quand l’école est vide. Un jardin-forêt, lui, vit au rythme du calendrier scolaire : fraises et premières framboises en juin, framboises d’automne à la rentrée, pommes, poires et noisettes en septembre-octobre, plantations en novembre. Les enfants sont là aux bons moments. Et une fois installé, il demande un entretien léger — pas un désherbage hebdomadaire qui repose sur l’épuisement de deux profs motivé·e·s. Soyons honnêtes sur un point : les deux ou trois premiers étés, le temps que les racines descendent, il faudra organiser quelques arrosages pendant les grandes vacances. Rotterdam l’a prévu d’office — chaque école y désigne un·e référent·e et s’engage sur plusieurs années — et un relais de parents ou de voisin·e·s fait très bien l’affaire.
Il est multi-étagé. Un arbre d’ombrage rafraîchit. Une forêt comestible rafraîchit et nourrit et abrite les oiseaux et les insectes et infiltre l’eau de pluie et fournit des cachettes, des textures, des odeurs, des saisons. C’est un écosystème complet à hauteur d’enfant — le support pédagogique le plus dense qui existe, du cycle de l’eau à la pollinisation, sans quitter la cour.
Il grandit avec les enfants. C’est peut-être ce qui nous touche le plus. Un enfant qui entre en maternelle l’année de la plantation sortira de sixième primaire dix ans plus tard, l’année où les arbres commencent à donner sérieusement. Le noisetier planté à hauteur de ses yeux le dépassera de trois mètres. Année après année, un atelier par classe suffit — planter en maternelle, observer et goûter en primaire, tailler et multiplier chez les grands — pour que chaque enfant tisse une relation longue avec le même lieu vivant. Aucun autre équipement scolaire ne fait ça : tout le reste se dégrade avec les années, le jardin-forêt prend de la valeur.

Louis De Jaeger le dit sans détour à propos de son école pionnière : « Ce n’est pas cher, ce n’est pas difficile, il faut juste le faire. » Un module de départ tient sur 25 à 100 m². La plupart des cours, même urbaines, ont ça — en béton à casser ou en pelouse qui s’ennuie.
Et si ta cour d’école devenait une forêt comestible ?
Chez Semisto, on conçoit des jardins-forêts et on forme celles et ceux qui les font vivre — c’est exactement le duo dont une école a besoin : un lieu bien conçu, et des adultes outillés pour l’animer année après année, de la maternelle à la sixième primaire.
Tu es enseignant·e, directeur·rice, parent, membre d’un pouvoir organisateur ou d’une commune, et une cour te vient en tête en lisant ces lignes ? Écris-nous. On viendra voir la cour et on te dira ce qui y est possible, y compris sur les questions qu’une direction se pose à raison : quelles espèces choisir ou écarter, comment composer avec les guêpes et les allergies, ce que les enfants goûtent et ce qu’ils observent. Et on imaginera ensemble le jour de plantation où tes élèves mettront les mains dans la terre.