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Illustration au trait : un jeune plant à racines nues aux racines entières à côté d'un grand arbre en motte aux racines coupées net, vus en coupe sous la ligne du sol
plantation

Planter petit pour planter robuste

Le jeune plant rattrape souvent l'arbre de trois mètres planté à côté, et il tient mieux. Les études, Naninne en photos, et comment planter cet automne.

Publié le 9 septembre 2026 · Semisto

Avril 2023, à Naninne. Ciel gris, quelques gouttes tout au plus. Une quinzaine de personnes en cirés avancent à genoux sur une bâche noire, une cagette en bois posée à côté d’elles. Dans les cagettes, des plants forestiers en motte, hauts comme une botte : des aulnes, des bouleaux, des robiniers. Des brindilles. On en met 1.400 en terre ce jour-là, une par fente découpée dans la bâche, sur vingt ares d’ancien maraîchage.

Août 2026, même endroit. Les brindilles font trois à quatre mètres, leurs houppiers se touchent, et on marche à l’ombre dans les allées, sur un tapis de feuilles. Trois étés ont suffi.

Rien d’exceptionnel là-dedans. Planter petit donne presque toujours ce résultat, à l’inverse de ce que le réflexe nous souffle.

Une quinzaine de personnes plantent de jeunes arbres à travers la bâche biodégradable, sous un ciel gris de printemps

Avril 2023, Naninne : les 1.400 pionniers arrivent en cagettes, de jeunes plants forestiers en motte, hauts comme une botte.

Le réflexe du gros sujet

Devant l’étal d’une jardinerie, le choix a l’air simple. D’un côté, un arbre déjà formé, deux ou trois mètres, en conteneur, avec un prix à deux chiffres, parfois trois. De l’autre, un plant à racines nues haut comme une botte, vendu quelques euros. On se dit qu’avec le grand, on gagne cinq ans. On paie l’avance.

Sauf que l’avance fond. Dans la plupart des situations, c’est le petit qui arrive en tête.

Ce qui se passe sous la ligne du sol

Un arbre qu’on déplace perd ses racines. Gary Watson, chercheur au Morton Arboretum, près de Chicago, a chiffré le problème dès 1985 : quand une pépinière arrache un arbre formé pour le mettre en motte, jusqu’à 98% de son système racinaire reste dans le champ. Ce qui part avec l’arbre, c’est un moignon.

L’arbre passe ensuite des années à reconstruire ce qu’il a perdu, à raison d’une quarantaine de centimètres de racines nouvelles par an vers l’extérieur. Pour un tronc de dix centimètres de diamètre, Watson compte cinq ans avant que le système racinaire retrouve son ampleur. Pour un tronc de vingt-cinq centimètres, plus de treize ans. Pendant tout ce temps, l’arbre pousse peu, souffre de la moindre sécheresse et vit sur ses réserves.

Le jeune plant, lui, n’a presque rien à reconstruire. Arraché à un ou deux ans, il emporte l’essentiel de ses racines. Il les déploie directement dans le sol où il va vivre, au rythme de ses feuilles, et sa croissance ne s’interrompt pas. Au bout de ces treize années, calcule Watson, l’arbre parti à dix centimètres a de bonnes chances d’avoir dépassé celui parti à vingt-cinq.

Une équipe de l’Université d’État de l’Ohio a fait le test grandeur nature sur des chênes rouges, publié en 2000 : douze gros sujets de 8,4 centimètres de diamètre, vingt-quatre petits de 3,6 centimètres, mêmes gènes, même vigueur au départ. La deuxième année, sept des douze gros étaient morts. Aucun des vingt-quatre petits. Les gros survivants ont ensuite poussé un peu plus vite que les petits, et les auteurs le soulignent. Mais on ne plante pas pour la moyenne des survivants.

Reprendre, c’est le seul chiffre qui compte

En Wallonie, la Région ne libère sa subvention à la plantation que si 80% des plants reprennent. Sur nos chantiers, c’est aussi la seule mesure qui nous intéresse la première année : combien débourrent au printemps.

Là-dessus, le petit plant a tout pour lui. Il demande moins d’eau, parce qu’il a peu de feuilles à alimenter et des racines à leur mesure. Il se passe de tuteur ; c’est le vent qui lui fait le tronc. Il n’a pas passé trois ans dans un pot à enrouler ses racines en spirale. Et il coûte quelques euros là où l’arbre formé en coûte des dizaines, ce qui veut dire qu’on peut en planter dix fois plus et laisser le terrain faire le tri. C’est le pari des 1.400 pionniers de Naninne : beaucoup, serrés, petits, et ceux qui prennent ferment le ciel en trois ans. Là-bas, on a pris des plants forestiers en motte parce qu’on plantait en avril, hors saison des racines nues ; le principe reste le même, jeune et petit. On a raconté pourquoi on commence toujours par ces arbres auxiliaires.

Un sentier étroit traverse une jeune forêt dense : bouleaux, aulnes et arbustes referment la voûte au-dessus du passage

Août 2026, le même terrain. Les brindilles ont refermé la canopée.

Ce qu’on a vu à Ittre

Au Jardin d’Eve, à Ittre, Damien, Sophie et Ophélie Goemaere ont planté leur forêt-jardin en 2017 sur une ancienne prairie à chevaux de trente-cinq ares. Quand Ophélie Goemaere nous a fait visiter en juin, elle a été nette sur ce point : ils ont planté très jeune, parce que plus petit, c’est plus robuste, et qu’une grosse transplantation, c’est du stress. Tout en une fois, aussi, pour profiter de l’engin loué pour creuser. Neuf ans plus tard, le jardin donne des fruits, des petits fruits et des tisanes, et la famille remplace ses arbres avec ses propres boutures et ses propres greffes.

Là où le gros sujet garde sa place

Un écran dont on a besoin tout de suite. Un arbre de rue exposé aux vélos et aux tondeuses. Un verger de hautes-tiges, que la subvention wallonne impose d’ailleurs avec un tronc d’au moins 1,80 m. Dans ces cas-là, on prend plus grand, on tuteure, on arrose, et on accepte les années de reprise. Partout ailleurs, dans une haie, un jardin-forêt, un bosquet, une lisière, le jeune plant gagne.

Il a une exigence, une seule : ses deux premiers étés. Un paillage épais, une protection contre les rongeurs et le chevreuil, et de l’eau si le ciel n’en donne pas. L’été 2026 l’a rappelé à tout le monde. Un plant qui passe ses deux premiers étés est un plant qu’on ne touche plus.

Cet automne, chez toi

La saison des racines nues s’ouvre à la chute des feuilles et court jusqu’en mars. Chez ton ou ta pépiniériste, demande des plants de un ou deux ans, le calibre 60-90 centimètres pour une haie, des baliveaux pour les arbres qui doivent devenir grands. Choisis les espèces pour le climat où ils seront adultes, pas pour celui d’aujourd’hui. Plante quand la terre n’est ni gelée ni détrempée, le collet au ras du sol, et paille dans la foulée. Si ta plantation entre dans les cases de la Région, la subvention paie une bonne partie des plants.

Pour apprendre le geste avant de le faire chez toi : le dimanche 15 novembre, on plante la suite du jardin-forêt de Naninne, sous la canopée des brindilles de 2023. La matinée commence par une petite formation, les outils sont fournis, le lunch est offert. Elle n’est pas belle, la vie ? :-)

Sources

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