Que rapporte un jardin-forêt ? La première étude économique, enfin en français
Une forêt comestible peut-elle faire vivre une ferme ? La première étude économique (ILVO) décryptée en français : conditions de rentabilité, limites, et transposition wallonne.
Publié le 4 août 2026 · Semisto
C’est la question qui revient à chaque formation, à chaque visite, dans chaque conversation avec un·e agriculteur·rice qui regarde sa prairie autrement : « D’accord, c’est beau, c’est vivant — mais est-ce que ça peut faire vivre ? »
Pendant des années, on a répondu avec des convictions, des exemples pionniers et des ordres de grandeur. Depuis 2024, on peut répondre avec une étude. L’institut flamand de recherche agronomique ILVO a publié la première analyse économique complète d’une forêt comestible à l’échelle d’une ferme. Elle est passée à peu près inaperçue côté francophone. On la décrypte pour toi — ce qu’elle montre, ce qu’elle ne montre pas, et ce que ça change en Wallonie.
Ce que l’ILVO a fait
Plutôt que d’attendre vingt ans qu’une ferme-pilote livre ses comptes, l’équipe de l’ILVO a construit un cas fictif mais réaliste : la conversion de 0,8 hectare de prairie en forêt comestible, environ 1 000 arbres et arbustes, calibrée sur le site expérimental d’Eetbos Deinze et validée avec trois fermes flamandes qui cultivent déjà en forêt comestible. C’est la même méthode que nous avons utilisée pour imaginer le jardin-forêt d’entreprise type : quand le futur n’existe pas encore, on le chiffre sur un cas composé d’éléments qui, eux, existent tous.
Helena Tavernier, chercheuse à l’ILVO, résume l’intention : c’est la première fois que les coûts et les bénéfices d’une forêt comestible sont mis à plat, avec la législation et l’état des connaissances rassemblés au même endroit.
Ce que l’étude montre
La conclusion tient en une phrase : oui, une forêt comestible peut être rentable pour une ferme — à conditions. Et les conditions sont précises :
- Diversifier les sources de revenus. Le modèle qui fonctionne combine l’autocueillette, les ateliers et visites pédagogiques, et la vente de produits frais et transformés. Chaque canal amène des client·e·s aux autres.
- Transformer pour vendre toute l’année. Le magasin à la ferme est un investissement lourd — mais c’est lui qui permet de vendre des confitures en février plutôt que des groseilles en juillet seulement.
- Sous-traiter intelligemment. La plantation par un entrepreneur, la vente par un·e étudiant·e, la récolte… par les client·e·s : l’autocueillette transforme ton poste de coût le plus lourd en expérience payante.
- Activer les aides. Dans le cas étudié, les subsides flamands de plantation et d’entretien couvrent près de 30 % de l’investissement total.

Ce que l’étude ne montre pas
C’est ici que la plupart des articles s’arrêtent, et c’est ici que ça devient intéressant. L’équipe de l’ILVO est la première à pointer ses propres incertitudes : les rendements des arbres et arbustes et le temps de travail réel sont les données les plus fragiles du modèle, tout simplement parce que les forêts comestibles matures et mesurées sont rares — Sarah Carton, chercheuse à l’ILVO, le dit sans détour.
Et le contexte calme les enthousiasmes faciles : sur 21 forêts comestibles flamandes recensées par un mémoire de l’UGent, la moitié ont été plantées entre 2015 et 2020, plus de la moitié font moins d’un demi-hectare — et seulement deux fournissaient un revenu complet au moment de l’étude. Ce n’est pas un aveu d’échec : c’est le portrait d’une filière qui a dix ans. Les vergers bio et les brasseries artisanales ont connu la même courbe.
Et en Wallonie ?
Trois choses changent quand on traverse la frontière linguistique.
Les aides d’abord : les 30 % de l’étude sont des subsides flamands. Côté wallon, les enveloppes existent mais se vérifient dossier par dossier — c’est exactement ce qu’on a documenté pour les communes, et la logique vaut pour les fermes.
Le modèle ensuite : ce que l’étude valide — diversifier entre produits, transmission et accueil — est précisément ce que nous observons et pratiquons. C’est le modèle de Semisto lui-même : la pépinière produit, les formations transmettent, les lieux accueillent. Aucune jambe ne tient seule ; les trois ensemble, oui.
Le chiffre enfin : le calcul de l’ILVO est purement financier. La fraîcheur en canicule, la régulation de l’eau, la biodiversité, le carbone stocké — rien de tout ça n’entre dans le tableau. Autrement dit : le retour réel d’une forêt comestible est supérieur à ce que l’étude compte. Des programmes de mesure participative, comme celui mené aux Pays-Bas, commencent à documenter ces valeurs-là aussi.
Faire tes propres comptes
L’ILVO publie sa fiche coûts-bénéfices et le rapport FoodForward, et le consortium Agroforestry Vlaanderen propose l’outil INTACT pour simuler ton propre projet. Tout est solide. Tout est en néerlandais.

C’est un manque que nous avons décidé de combler : Semisto développe un outil francophone qui calcule le retour financier d’un projet agroforestier — le tien, avec tes surfaces, tes espèces, tes canaux de vente, tes aides. Il s’intégrera à Terranova, notre plateforme. Il est en développement, sans date promise — mais si tu veux être prévenu·e à sa sortie (ou nous dire ce qu’il devrait absolument calculer), laisse-nous ton adresse : les premières personnes à se manifester seront les premières à l’essayer.
Ce que ça change pour toi
Si tu portes un projet — ferme, terrain familial, reconversion partielle — l’étude ILVO te donne enfin un cadre pour raisonner : quelles sources de revenus, quel investissement, quelles aides, quelles inconnues. Ce cadre, ça s’apprend à le manier : concevoir un système nourricier qui tient debout économiquement, c’est exactement ce qu’on transmet dans le cursus Semisto — et ce qu’on met en pratique quand on conçoit un projet avec toi.
La question « est-ce que ça peut faire vivre ? » a maintenant une réponse honnête : oui, à conditions — et les conditions se conçoivent. Viens, on te montre.